Ebenizer_Folefack030508200Il y a bientôt deux ans, pour avoir manifesté pacifiquement leur désapprobation devant la tentative d’expulsion violente de Monsieur Folefack  Sontsa Ebénizert à bord d’un avion de la compagnie aérienne Brussels Airlines, trois passagers ont été arrêtés et détenus dans une cellule de l'aéroport de  Zaventem en Belgique et ensuite interdits de vol sur cette compagnie pour six mois . Si l’expulsion avait échoué, l’affaire avait pris une tournure dramatique quelques jours plus tard, suite au décès de M. Folefack Sontsa Ebénizert au centre fermé de Merksplas en Belgique.

Le 26 avril 2008 à l’aéroport de Bruxelles, MM. Fosso, Léonardon et Moussa étaient en train de s’installer dans un avion à destination de Douala quand leur attention fut attirée par des cris à l’arrière de l’appareil : M. Folefack, qu’ils ne connaissaient pas, se débattait entre plusieurs policiers contre une tentative d’expulsion. Comme d’autres passagers, ils ont pacifiquement manifesté leur désapprobation devant le traitement que les policiers réservaient à M. Folefack, que les policiers ont fini par sortir de l’avion.

Pour mémoire, Ebenizert Folefack Sontsa, Camerounais arrivé en Belgique en 2005 était retrouvé mort le  1er mai 2008, dans les toilettes du centre fermé de Merksplas. Il avait été placé en cellule d`isolement le 27 avril 2008, après une tentative d`expulsion avortée la veille, au cours de laquelle, des témoignages concordants faisaient état de ce qu`il avait subi des violences.
Quelques mois après les faits, les passagers interdits de vols SN Brussels, le conseil de Folefack et le Colectif Folefack n’entendent pas s’arrêter là. 

Claude Ndema, Serge Fosso, Philippe Léonardon trois plaignants avaient introduit le 4 juin 2008 une plainte au pénal avec constitution de partie civile contre la police fédérale pour coups et blessures, détention arbitraire et vol. La Ligue des droits de l'Homme et le CIRE (Coordination et Initiatives pour et avec les Réfugiés et Étrangers) s'étaient constitués également partie civile. Le conseil d'administration du Centre pour l'Egalité des Chances a décidé le 9 mars 2009 de se joindre aux plaignants.

Maître Alexis Deswaef, au nom de la famille du Camerounais feu Folefack Sontsa Ebenizert, avait  également introduit le mercredi 11 mars 2009  une plainte  entre les mains du juge d’instruction en se constituant partie civile à la plainte déjà initiée par les trois passagers sus cités.

Selon lui,  outre le traitement inhumain et dégradant, les coups et blessures volontaires et l’abus d’autorité de la part de l’escorte, il a repris dans ladite plainte la « coalition des fonctionnaires », qui est un  délit spécifique visé à l’article 233 du Code pénal, parce qu’il ne comprend pas ajoute t-il comment des documents ( plaintes écrites de la main par le feu Ebenizert Sontsa, ndlr )qui lui semblent fondamentaux disparaissent du dossier et que c’est de manière fortuite qu’ils sont apparus. Pour lui, si Monsieur Folefack n’était pas décédé dramatiquement, cette plainte écrite de sa main n’aurait jamais eu de suite. 

"J'ai refusé d'être ceinturé et menotté comme un animal car je ne suis pas un criminel et tout s'est dégradé à ce moment. J'ai été battu, je ne dors pas les nuits car j’ai mal partout  ", écrit M. Folefack. Ni sa plainte, ni le rapport de son assistante sociale du centre fermé de Merksplas, qui reprenait les griefs manuscrites du plaignant, n'ont été transmis à la justice, contrairement à d'autres documents dont une lettre d'adieu, a constaté en janvier 2009 Maître Alexis Deswaef en prenant connaissance du dossier répressif de Turnhout. L'avocat soupçonne un "classement vertical" des plaintes des résidents des centres fermés.

Pour la Ligue des droits de l'Homme, la Belgique violerait l'article 3 de la convention européenne stipulant que nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.

La compagnie aérienne belge n’a pas voulu s’exprimer mais rejette toutes les accusations suite à son interpellation par le collectif Folefack. Elle affirme dans une lettre adressée au Collectif, datant du 12 juin 2008 et signée de Philippe Fontaine, vice président légal  qu’elle peut « garantir que ni Monsieur Fosso, ni Folefack n’ont fait l’objet de violence injustifiée ou de traitement dégradant à bord » de leur appareil

Eric Nguemaleu le président du Collectif Folefack qui s’était rendu au Cameroun au courant de la fin du mois de décembre 2008  et mars 2010 ayant pris attache avec la famille du défunt, a reçu de ces derniers une procuration de la famille Folefack, permettant au collectif de se constituer partie civile dans le cadre de la plainte en cours. Selon lui, le Collectif Folefack n’entend pas rester à l’écart de cette dernière car il pourra dans les jours à venir se constituer également partie civile à cette plainte. Il a en outre profité de la circonstance pour exposer à Bruxelles au cours d’une conférence de presse des photographies prises au Cameroun suite à sa rencontre  avec les parents voire la famille entière du défunt.

La famille de M. Folefack a donc introduit au mois de mars 2009 une plainte avec constitution de partie civile pour traitement inhumain et dégradant, coups et blessures volontaires, abus d’autorité et coalition de fonctionnaires.
Selon Serge Fosso, l’affaire suit son cours et plusieurs passagers de ce fameux vol de SN brussels sont en train d’être auditionné et des actions fortes sont annoncés.

Dans le cadre de la commémoration du deuxième anniversaire du décès de Folefack Ebenizert,  l’asbl Liberal, Serge Fosso, le Collectif Folefack et bien d’autres organisations de la société civile belge comptent déposer le 1er mai prochain devant l’entrée principale du centre fermé de Merksplas une gerbe de fleur en mémoire de feu Folefack.  Une délégation du Code conduite par Brice Nitcheu le bouillant leader du Collectif des Organisations Démocratiques et patriotiques des Camerounais de la Diaspora (Code)  est également annoncée. Une conférence de presse est  prévue à cet égard. Nous y reviendrons  à travers un développement ultérieur.

© Camer.be : Hugues SEUMO